Trek de nuit au Kawah Ijen

18 février 2014

L’organisateur de notre tour est venu nous chercher avec deux heures de retard à Cemoro Lawang (mont Bromo). Son mini-van a eu des ennuis techniques et il a dû retourner en ville en chercher un autre. A 11h nous voilà enfin en route pour le Kawah Ijen, un autre volcan à l’extrémité orientale de l’île de Java.

A 18h, à encore une quinzaine de km de notre point de chute, au milieu de nul part, nous crevons ! Décidément…
Finalement on aura mis 8 heures pour rejoindre notre hôtel au lieu des 5 prévues… En soi ce n’est pas grave c’est juste que demain, on se lève tôt : 00h30 !

A 1h nous quittons l’hôtel et nous rendons en mini-van au parking du Kawah Ijen, point de départ de l’ascension de ce volcan, qui culmine à 2’386 m.

Le dénivelé est assez raide mais l’obscurité, combinée à la fraîcheur et au calme de la nuit, nous empêchent de démotiver. Une heure et demi plus tard, nous marchons le long de la crête du volcan.

Et là, quel spectacle ! Au milieu du cratère, au cœur de cette grandeur minérale, un énorme feu follet.

1. Feu-follet (1) 1. Feu-follet (2)

Notre curiosité piquée, nous descendons avec notre guide dans le cratère (ce qui est normalement interdit aux touristes mais tous le font). La descente est périlleuse : il n’y a pas de chemin, juste un passage caillouteux entre les blocs expulsés par les éruptions, il suffirait de prendre notre temps mais nous voulons nous approcher du feu bleu avant qu’il ne disparaisse.

La taille de ce feu très impressionnante : environ 3m de hauteur. On a tenté de vous faire une vidéo mais de nuit c’était pas évident, ça fait un peu « projet Blair Witch » ^^

Le Kawah Ijen est également connu pour son lac turquoise due à l’extrême acidité de ses eaux, ce qui lui vaut d’être considéré comme le lac le plus acide du monde!

Pour ceux qui voudraient en savoir plus, voici le très bon article Wikipédia sur le mont Ijen :  http://fr.wikipedia.org/wiki/Kawah_Ijen

Et  un second plus technique sur la genèse de ce volcan (faut descendre un peu) : http://www.earth-of-fire.com/page/211

Mais au fond de ce cratère, le volcan rejette surtout d’importante quantité de soufre à l’état vapeur. Le soufre se cristallise en se refroidissant et forme une épaisse couche jaune, cassée à la barre à mine et remontée à pied dans des paniers par les habitants de la région. La production de ce minerai de soufre est optimisée avec la canalisation des vapeurs ce qui permet une cristallisation plus rapide et plus abondante.

Ces hommes portent environ 80 kg de minerais réparti dans deux paniers. Leur travail consiste à descendre dans le cratère, casser de gros blocs de souffre, remonter la crête et ensuite descendre dans la vallée jusqu’à l’usine. Ils font 2 trajets par jour, soit 16 km dont la moitié avec leur paniers chargés, 6 jours par semaine, pour 2$ par jour. Alors ils essaient « d’arrondir leur fins de mois » en vendant des statuettes de soufre ou en faisant le guide.

C’est un métier très rude, entre le poids qu’ils portent et les vapeurs toxiques qu’ils inhalent , leur moyenne de vie n’excèdent pas souvent 40 ans. Impensable à notre époque et dans nos sociétés modernes !

Les porteurs de soufre du Mont Ijen : 

Nous nous mêlons à eux au fond du cratère lorsqu’un retour de vent nous piège dans une épaisse fumée de soufre : on ne voit plus rien et chaque respiration est une torture pour la gorge. Le porteur qui nous accompagne comme guide nous parle sans arrêt pour qu’on puisse se repérer à sa voix et le suivre. Les quelques minutes qu’il nous a fallu pour sortir de là nous ont paru interminables.

On s’en est sorti avec une bonne frousse, une toux persistante, un mal de gorge  durant quelques jours et un sentiment d’injustice concernant ces hommes qui vivent ça tous les jours. Malgré tout, ils ont le sourire et sont d’une grande gentillesse, ils adorent discuter avec les touristes, leur demander d’où on vient et si on aime l’Indonésie, être pris en photo avec nous. Comment leur refuser ça?

Nous sommes ensuites remontés sur la crête du volcan pour y voir le lever de soleil : magnifique !

On est parti de là avec de superbes images plein les yeux mais le cœur déchiré par la vie de ces hommes. Comment rester indifférent? Et en même temps, que faire?

Vu la quantité de touristes qui viennent ici chaque année, on se dit que leurs conditions sont connues et dénoncées mais qu’en est-il des travailleurs de l’ombre? Ceux qui vivent cet espèce d’esclavage moderne loin des médias?

Face à nos mines perplexes, l’organisateur du tour nous explique qu’ils font ce métier délibérément et qu’ils ont un bon salaire : un million de roupilles par mois, c’est-à-dire un tiers de plus que le salaire moyen à Java.
Ce qui me taraude surtout c’est ce à quoi peut bien servir tout ce soufre. A faire des allumettes? A blanchir le sucre de canne que l’on mange tous les jours?

Tout ça pour ça?

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